Eva, Tieffline Thanatophile Angoissée [Lvl 3]

Aller en bas

Eva, Tieffline Thanatophile Angoissée [Lvl 3]

Message par Teny le Lun Fév 12, 2018 2:27 pm

« Oh non non non… »
Eva descendit précipitamment les escaliers de la taverne, en tenant son jupon et son tablier pour ne pas trébucher.  La dernière chambre avait pris plus de temps que prévu, et elle ne s’était pas rendu compte qu’il était aussi tard.
Elle se figea en arrivant en bas, et approcha prudemment son oreille de la porte qui se découpait dans l’obscurité, en prenant soin de ne pas taper sa corne contre le bois. Elle entendit le brouhaha des aventuriers et des habitants du village qui commençaient à remplir la salle et à commander.  La tieffline s’effondra sur la dernière marche. Sa retraite était coupée. Avec des gestes las, elle saisit dans sa sacoche Adam, et le fixa d’un air de détresse .

« Comment je vais faire ? », soupira-elle.
Adam resta impassible. Le ventre d’Eva répondit, lui. Elle laissa son esprit vagabonder.


« Eva, tu ne peux pas rester comme ça. C’est ridicule !
La réponse fut un geignement désapprobateur.
- Je comprends que tu aies des difficultés à parler à d’autre gens, mais ça ne s’arrangera pas sans rien faire. Avendra nous enseigne que le changement démarre à l’intérieur de nous-mêmes. Je t’aie recueillie et abritée ici, je t’ai même procuré de la nourriture, alors en échange laisse-moi t’aider à vaincre ta peur. »
    Les deux femmes qui se faisaient face étaient très semblables et en même temps différentes, comme si l’une d’elle était devant un miroir déformant. Toutes deux avaient la peau sombre et lisse, des traits harmonieux, et des cheveux noirs jusqu’aux épaules, signe de leur héritage commun. Mais là où Oriana avait des cheveux amples et les cornes dressées vers le haut,  en accord avec le regard perçant et la posture sévère qu’elle avait en ce moment, Eva répondait par des cornes tombantes retenant des cheveux plaqués vers l’arrière, renforçant d’autre plus son air d’animal apeuré.
«  Tu dois t’habituer à fréquenter des gens. Ce n’est pas bon de rester seule.
Eva marmonna quelque chose.
- Commence déjà par parler plus fort, pour te faire comprendre des gens.
- Je ne suis pas seule, j’ai Adam.
- Ad… »
Oriana s’interrompit, interloquée, puis posa le regard sur le crâne d’enfant à côté d’Eva.
« Ce n’est même pas une créature vivante ! Il te faut des vrais amis. De toute manière, si je dois te forcer à faire le premier pas, je le ferais. J’ai demandé à l’aubergiste de te prendre pour nettoyer les chambres, je sais que tu connais quelques sorts utiles. En échange, il te fournira des repas.
Elle marqua une pause pour considérer les yeux écarquillés et la bouche de poisson mort d’Eva, puis reprit :
« Un peu de travail te fera le plus grand bien, et à force de côtoyer des gens à l’auberge, tu finiras par t’habituer. »

    Sans avoir le temps de répondre, Eva fut jetée hors de sa rêverie par l’ouverture soudaine de la porte devant elle. Un homme se tenait avec grand peine dans l’embrasure. Elle rangea précipitamment Adam dans son baluchon, mais l’homme ne la voyait même pas. Ce dernier  considéra avec défi l’obstacle colossal qui le séparait de sa chambre à l’étage, et entreprit de s’attaquer à la première marche, jetant toutes ses forces dans la bataille.  Il exhalait une forte odeur d’alcool. La porte restait ouverte, comme une invitation, et l’agitation semblait avoir fortement diminuée dans la salle commune. Tirée par la faim et poussée par l’ivrogne, qui avait besoin d’un maximum de place sur chaque marche pour stabiliser ses quatre pieds, elle se jeta en avant. Se glissant discrètement derrière le bar, elle rejoint la cuisine, et trouva une assiette ou des patates froides baignaient dans de la sauce figée. Elle se jeta avidement dessus, oubliant des manières qu’elle n’avait jamais eu, quand derrière elle une voix gave retentit :
« Ah, je me demandais ou tu étais passée. »
La pomme de terre à mi-chemin entre l’assiette et sa bouche retomba dans un bruit liquide. L’aubergiste se tenait dans l’entrée, lui coupant sa retraite.
« Tu veux un peu de vin avec ça ? ça doit être froid non ? lança-t-il en venant s’asseoir en face d’elle.
Elle restait interdite. L’aubergiste soupira, et se redressa pour sortir.

- Oriana m’avait bien dit que tu n’étais pas la plus bavarde. Enfin bon, tu fais du bon boulot dans les chambres, les clients sont contents, c’est déjà ça »

   Eva sentit qu’on lui mordait l’estomac. Oriana avait raison, ça ne rimait à rien. Il fallait changer. Pourquoi n’arrivait-elle pas à parler aux gens ? L’aubergiste ou Oriana ne lui voulaient aucun mal. Elle pensa à Adam dans sa sacoche. Elle tendit la main machinalement pour l’attraper, mais au lieu de ça ses doigts se refermèrent sur son bras, et elle serra, jusqu’à ce que ses ongles s’enfoncent dans la peau.
« Me…
L’aubergiste s’arrêta sur le pas de la porte.
« Merci pour le repas. »
L’Elfe ventripotent se retourna, et lui sourit avec bienveillance. Puis il replongea dans la salle principale.
Elle n’y croyait pas ; elle avait réussi. Elle avait parlé à quelqu’un de son propre chef. Ses ongles se détachèrent de sa peau alors qu’elle sentait une vague de satisfaction l’envahir.
Le monde lui appartenait à présent.

Teny

Messages : 16
Date d'inscription : 29/12/2017

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum